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Bulles spéculatives

Les siècles derniers abondent d’exemples de bulles spéculatives lors desquelles des investisseurs ont fait et perdu des fortunes. La ruée sur les bulbes de tulipes dans les années 1600, l’euphorie des chemins de fer des années 1800 et la bulle point-com des années 1990, toutes les bulles spéculatives présentent des similarités évidentes qui les rendent discernables par les observateurs avertis.

Le présent article met en exergue quelques-unes des plus importantes bulles spéculatives de l’histoire moderne et tente d’en expliquer les causes. Dans bien des cas, le bon sens nous aurait dit que les marchés étaient surévalués et présentaient des risques majeurs pour les investisseurs.

Forts de ces connaissances, les investisseurs de style valeur essaient de repérer les bulles spéculatives alors qu’elles se gonflent et tentent de les éviter. En évitant les modes, les investisseurs de style valeur minimisent les pertes et réduisent les risques sur le long terme.

Les bulles spéculatives ont fait partie du paysage de l'investissement depuis des siècles. Elles représentent un risque de taille pour tous les investisseurs, et pourtant elles constituent aussi une source d'éventuelles possibilités pour les investisseurs rigoureux de style valeur.

Les bulles sont caractérisées par une très forte augmentation de valeur dans un secteur ou une région donnée au cours d'une période relativement courte. Les investisseurs ont tendance à se laisser envahir par l'euphorie et à faire monter les prix, en prenant très peu en compte les paramètres sous-jacents du marché.

On a appelé « Tulipmania » une des plus anciennes bulles spéculatives du marché, lorsqu'au début des années 1600 les investisseurs ont fait grimper le prix de bulbes de tulipes rares à des hauteurs vraiment phénoménales. Comme toutes les bulles, la divergence entre le prix d'un actif ou d'un titre et le prix de sa valeur sous-jacente est établie en fonction d'un vice de raisonnement de l'investisseur. La bulle Tulipmania a fini par éclater, comme le font inévitablement toutes les bulles, entraînant avec elle la perte de grandes fortunes.

Les investisseurs de style valeur ont la possibilité d'éviter ces bulles spéculatives en accordant une attention toute particulière aux paramètres fondamentaux. Le signe le plus important d'un investissement intéressant pour les investisseurs de style valeur est le cours d'un titre par rapport à sa valeur intrinsèque sous-jacente. Pendant les bulles spéculatives, les prix sont déconnectés de leurs évaluations sous-jacentes ou de leurs valeurs historiques.

Dans les années 1840, la Grande-Bretagne fut envahie par la « manie des chemins de fer ». L'euphorie des investisseurs pour les titres de chemins de fer a donné lieu à une bulle spéculative où les investisseurs ont surestimé la ressource potentielle de ce qui constituait une réelle innovation technologique.

L’importance qu’avaient les chemins de fer en Grande-Bretagne n'a jamais été mise en doute. Cependant, le nombre d'entreprises qui ont été créées pour tirer profit de cette phase d'expansion a défié toute raison. En 1946, 272 sociétés ont été créées pour la construction d'un total de 9 500 milles de « routes proposées ». Lorsque les intérêts ont grimpé et que le cours de l'action a atteint un sommet, le surinvestissement est devenu évident et la bulle a éclaté par la suite.

Au cours de la dernière décennie, nous avons vu non pas une mais deux bulles spéculatives se développer et éclater sur le marché des valeurs mobilières des États-Unis. La première était la bulle technologique qui s'est gonflée à compter du milieu et jusqu'à la fin des années 1990. La seconde, une bulle immobilière qui a éclaté à l'été 2007, s'est gonflée peu après l'éclatement de la bulle technologique et fut en partie causée par ses répercussions. Dans les deux cas, les investisseurs de style valeur auraient pu éviter ces bulles en analysant minutieusement les paramètres fondamentaux qui déterminent le cours des valeurs.

Récemment, la bulle Internet ou point-com est peut-être la bulle du marché boursier qui a fait l'objet d'une plus grande publicité. Semblable à la « manie des chemins de fer », les investisseurs ont surestimé les avantages d'une réelle innovation économique; dans le présent cas c'était l'Internet.

Certes, des gains substantiels ont été obtenus par les sociétés spécialisées dans la technologie qui ont participé à la vague d'expansion de l'Internet. Cependant, les entreprises de ces secteurs étaient souvent axées sur des stratégies de croissance non conventionnelles, complètement incompatibles avec les saines pratiques commerciales. Pour cette raison, l'expansion de la bulle technologique était potentiellement évitable par les investisseurs de style valeur.

De nombreuses entreprises ont dépensé des milliards de dollars pour se tailler des parts de marché plutôt que générer des revenus et des profits. L'objectif consistait à obtenir une croissance rapide de manière à établir une marque à tout prix, tout en accordant moins d'attention à la rentabilité immédiate.

Les investisseurs étaient amenés à croire que les gains potentiels provenant de l'expansion de l'Internet seraient démesurés et généralisés. Une mentalité de suivisme régnait, amenant les investisseurs à payer des prix de plus en plus élevés pour les actions des sociétés spécialisées en technologie, un grand nombre d'entre elles n'ayant enregistré ni revenus ni gains.

La valeur de l'indice NASDAQ des valeurs technologiques aux États-Unis, qui avait multiplié son volume de titres technologiques par cinq au milieu des années 1990, décrit bien cette fureur qui s'était emparée des marchés boursiers. Les évaluations des titres de l'indice NASDAQ avaient atteint des sommets historiques. En d'autres mots, les investisseurs étaient disposés à payer les prix les plus élevés pour ces actions par rapport à leur niveau de gains à ce moment-là.

Puisque les titres point-com en particulier et les titres technologiques en général étaient évalués à un prix très élevé par rapport aux gains, ces titres ne constituaient pas un centre d'attraction représentatif des investisseurs de style valeur qui recherchaient plutôt des sociétés qui se négociaient à bas prix par rapport à leurs gains et à d'autres mesures traditionnelles de la solidité d'une entreprise.

Lorsque la bulle a éclaté, les titres technologiques sont tombés en chute libre et de nombreuses entreprises point-com sans revenus furent frappées de mort subite. Tout comme les marchés surchauffent dans un mouvement en hausse, l'éclatement des bulles a tendance à être caractérisé par un vent de panique de ventes à la baisse. Comme les investisseurs vendent sans discernement, les bonnes sociétés comme les mauvaises, des occasions s’offrent aux investisseurs de style valeur à la recherche d’aubaines.

En 2002, au creux du marché, le NASDAQ avait perdu approximativement 80 % de sa valeur lorsque celui-ci était à son pic. De nombreuses sociétés de premier ordre ont été négociées aux niveaux les plus bas depuis de nombreuses années et les évaluations étaient vraiment irrésistibles. L'année qui a suivi cet effondrement a vu les meilleurs rendements pour les investisseurs de style valeur qui avaient acheté des sociétés rentables à des prix attrayants.

La bulle immobilière américaine fut la seconde bulle spéculative d'importance en moins d'une décennie à survenir aux États-Unis. Elle a été précipitée par des taux d'intérêt très bas dans la foulée de l'éclatement de la bulle technologique et par des pratiques peu rigoureuses d'octroi de prêts.

Les sociétés de financement ont rendu cette bulle possible en créant des titres qui étaient des prêts hypothécaires regroupés pouvant être revendus à des investisseurs institutionnels. Les prêteurs hypothécaires ont aussi participé à cette expansion en abaissant les normes de prêts à des niveaux historiquement bas. Des prêts ne comportant que peu ou pas de documentation étaient monnaie courante, et des prêts hypothécaires ayant un ratio prêt-valeur très élevé étaient souvent accordés.

Ces pratiques ont contribué à une bulle de l’immobilier résidentiel aux É.-U. de même que du cours des actions des constructeurs de maisons, des prêteurs hypothécaires et même des banques d'investissement américaines. La bulle du prix des maisons était évidente à ceux qui se donnaient la peine d'observer les normes minimales de prêt et le haut niveau d'endettement dans le secteur de l'immobilier. Les investisseurs de style valeur auraient pu éviter la presque totalité de l'effondrement qui en a découlé.

Chaque bulle spéculative est unique, mais elles sont toutes caractérisées par une mentalité euphorique de l'investissement, motivée par la rapacité de l'investisseur. Les investisseurs astucieux de style valeur sont mieux placés pour identifiere et éviter les bulles spéculatives lorsque celles-ci sont en cours de formation. Ils sont aussi prêts à récupérer les sociétés à des prix d'aubaine au moment de l'inévitable éclatement de la bulle.

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