Les meilleures occasions de placement de valeur du siècle dernier
Tous les marchés ne s’équivalent pas. Une, peut-être deux fois au cours d’une vie, une aubaine incontournable se présente pour les investisseurs de style valeur.
Les creux des marchés baissiers se sont avérés d’excellents terrains de chasse pour les investisseurs de type valeur, à l’instar des marchés émergents qui ont révisé considérablement leurs politiques.
Dans le présent article nous examinerons certaines des meilleures occasions de placement du siècle dernier. Chose certaine, les investisseurs qui ont eu le cran de participer à cette chasse aux aubaines ont empoché de fabuleux rendements.
1. Après la Grande Crise de 1929
La Grande Crise de 1929 a duré un mois entier, ce qui a suscité une panique généralisée et constitué l’événement précurseur du début de la Grande Dépression qui a duré aux É.-U. jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale, en 1939. Le marché baissier qui a suivi a vu disparaître 89 % de la valeur de l’indice Dow Jones des industrielles et en juillet 1932, elle était à son plus bas depuis les années 1800.
À ce moment-là, tous les excédents du marché haussier spéculatif qui avait précédé avaient bien entendu été éliminés du système. L’évaluation boursière moyenne en utilisant le ratio C/B de l’indice composé S&P en 1929 s’élevait à 32,6, puis lorsqu’elle a finalement touché le fond en 1932, le ratio C/B affichait un creux historique de 5,6.
Bien que de nombreux facteurs aient été pointés du doigt comme causes de la crise et de la dépression qui a suivi, notamment la facilité de crédit excessive des années 1920 et la politique monétaire trop rigoureuse des années 1930, il est clair que le marché avait touché le fond bien avant l’embellie économique.
La Nouvelle Donne était une série de réformes boursières et de mesures d’assistance sociale mises en place par le président Roosevelt peu de temps après son investiture en 1933, mais l’économie américaine ne s’est pas remise sur les rails avant le début de la Seconde Guerre mondiale.
Les quelques chanceux qui ont eu les moyens d’acquérir des positions sur le marché boursier au paroxysme du pessimisme ont réalisé des rendements faramineux sur quelques décennies. En juin 1936, l’indice composé S&P valait à peine 4,8. Un an plus tard, il avait doublé de valeur, à plus de 10. Environ 30 ans plus tard, en juin 1968, l’indice franchissait la barre de 100, offrant aux investisseurs une augmentation de 20 fois sur cette période.
2. Après le lundi noir de 1987
Quand les courtiers sont arrivés au travail le lundi 19 octobre 1987, ils ont eu la surprise de leur vie. Les marchés boursiers étrangers avaient fait l’objet de ventes massives et tout indiquait que les marchés nord-américains étaient sur le point de s’effondrer.
À la fin de la journée, l’indice Dow Jones des valeurs industrielles avait reculé de 22 %, le plus grand repli d’une journée dans les annales boursières, et sans qu’aucune nouvelle importante ne puisse expliquer ce déclin. L’explication la plus plausible qu’on ait avancée est une éruption de ventes programmées sur des systèmes informatiques, bien qu’il soit tout aussi probable que la situation soit imputable à une crise de confiance généralisée chez les investisseurs.
Cette débâche ne semble pas avoir été déclenchée par des facteurs fondamentaux généralement associés aux marchés baissiers, et les investisseurs qui reconnaissent cette anomalie ont pu profiter de cette période d’incertitude.
Dans cet exemple, les cours ont dégringolé du jour au lendemain, mais les investisseurs de style valeur qui avaient acheté et patienté ont très bien tiré leur épingle du jeu à la fin des années 1980. L’indice S&P 500 s’est apprécié d’environ 40 % en deux ans, de décembre 1987 à décembre 1989.
3. Le marché obligataire canadien en 1995
Les Canadiens se souviendront de la situation critique du marché obligataire canadien et du dollar canadien à la fin des années 1980 et au début des années 1990, alors que le pays était devenu un important débiteur international. Sous le gouvernement conservateur de Brian Mulroney, le pays a accumulé une série de déficits qui ont déséquilibré le ratio d’endettement du pays par rapport à son PIB.
Les détenteurs d’obligations étrangères se sont montrés de plus en plus pessimistes quant aux capacités du gouvernement de rembourser ses dettes et se sont mis à revendiquer des taux d’intérêt plus élevés en compensation du risque de défaut. Les cours des obligations et le dollar canadien ont chuté lorsque les rendements obligataires ont franchi la barre des 10 % et que le dollar est passé sous 1,60 $US. En 1995, The Wall Street Journal qualifia le Canada de « membre honoraire du tiers monde ».
À peine quelques semaines plus tard, le gouvernement démocratique dirigé par le premier ministre Jean Chrétien s’est avisé et a annoncé un budget visant à renverser la tendance du déficit budgétaire croissant. Le plan consistait à réduire les dépenses et à afficher un excédent budgétaire d’ici 1997-1998.
C’est ce changement de politique qui a fini par entraîner une des plus vigoureuses hausses des marchés obligataires dans les pays développés au siècle dernier. En janvier 1995, les rendements des obligations canadiennes à longue échéance gravitaient autour des 10 %. À peine quatre ans plus tard, les rendements obligataires avaient reculé de presque la moitié, à 5,23 %.
4. Le marché obligataire américain en 1980
Quand Paul Volker fut nommé gouverneur de la US Federal Reserve Bank par le président Jimmy Carter en août 1979, le marché obligataire américain était dans une piteux état. Les détenteurs d’obligations venaient tout juste de traverser une des pires périodes de l’histoire, les hausses inflationnistes occasionnant la hausse des taux d’intérêt, la chute des prix et des pertes considérables.
L’inflation était devenue incontrôlable et Volker s’est engagé à résoudre le problème de l’inflation aux États-Unis en contrôlant la croissance de la masse monétaire et les hausses de taux d’intérêt. Le marché obligataire a d’abord mal réagi et les rendements avaient dépassé les 10 % en décembre 1979.
Tous ces événements étaient sur le point de pousser l’économie américaine dans l’une des pires récessions de son histoire, mais les cours obligataires continuaient de baisser. À la fin de ce trimestre, les obligations à longue échéance rapportaient 12,3 % et l’inflation planait encore plus haut à 14,6 %.
Et, à l’insu de la plupart des investisseurs, ce fut à ce moment le plus sombre du marché obligataire américain que les cours étaient les plus bas. Volker tenait sa promesse de contenir l’inflation, et la récession qui suivit a prouvé qu’il avait réussi. En juin 1981, Volker avait fini par hausser le taux des fonds fédéraux à 20 % et l’inflation a réagi en enregistrant un modeste gain de 3,8 % pour toute l’année 1982.
Le marché haussier ne s’est pas pointé le nez avant 1984, lorsque les obligations à longue échéance ont atteint les 14 %, mais il a continué pendant plus de 20 ans, jusqu’à ce que les obligations américaines de 10 ans atteignent leur creux en novembre 2002, à 3.6 %.
5. Le marché boursier américain en 1981
Le marché boursier américain battait de l’aile dans les années 1970, puisque les investisseurs devaient composer avec un taux d’inflation à deux chiffres et une croissance économique faible ou en perte de vitesse. Les taux d’intérêt grimpaient, la rentabilité des entreprises était menacée par le prix du pétrole et les investisseurs avaient massivement tourné le dos au marché boursier.
Les évaluations boursières déclinaient rapidement pour atteindre leur plus bas en mai 1980, à un multiple cours-bénéfices de seulement 7,3. Le marché était évidemment survendu et les investisseurs ergotaient sur toutes les mauvaises nouvelles et autres événements. Ce point marque également le début d’un des plus longs marchés haussiers de l’histoire.
La situation était telle que l’inflation était sur le point de plafonner aux É.-U. et l’économie se préparait à entamer une période de croissance phénoménale de la productivité pendant laquelle les sociétés américaines ont affiché les meilleurs résultats de l’histoire.
Au cours des deux décennies qui ont suivi, le marché boursier américain s’est redressé d’un facteur de presque 15. L’indice S&P 500 a remonté de son creux de 98 en mai 1980 à 1425 en janvier 2000, ce qui coïncide avec la hausse du ratio C/B de ce creux de 7,3 à un ratio hallucinant de 32,3 au summum de la bulle technologique.
6. Le marché boursier japonais des années 1950
Le miracle économique d’après guerre au Japon fut une occasion de placement exceptionnelle pour les investisseurs intrépides qui ont entendu dire que le pays allait se transformer en géant industriel. Lorsque le Japon rattrapait son retard sur les É.-U. et l’Europe et se relevait des séquelles de la Seconde Guerre mondiale, il a affiché une hausse marquée de sa productivité économique qui a alimenté des taux très élevés de croissance économique.
L’industrialisation du Japon est allée bon train grâce aux taux élevés d’épargne personnelle et aux efforts coordonnés des décideurs publics de développer certaines industries en assurant des taux de prêt peu élevés et la protection des groupes d’entreprises appelés Keiretsu qui ont foisonné dans cet environnement.
Alors que l’industrialisation avançait à bon rythme et que le commerce fut libéralisé dans les années 1960, le marché boursier japonais rebondissait. Les investisseurs qui ont tout de suite cru en une croissance naissante ont engrangé des profits fabuleux.
7. Les marchés boursiers émergents et la dette en 2003
Après la crise monétaire d’Asie et la crise du crédit en Russie en 1997 et 1998, les investisseurs en avaient eu assez des marchés émergents. L’emballement-effondrement était très familier et beaucoup trop douloureux. Les pays d’Asie avec des taux de change fixes et des dettes libellées en dollars américains ont dû dévaluer leur devise du jour au lendemain. Les pertes monétaires étaient légendaires et le coût du service de la dette est monté en flèche. Ce fut un cauchemar fiscal et économique qui a vu les marchés boursiers plonger et les investisseurs étrangers se ruer vers la sortie.
Cinq ans plus tard, les marchés émergents renaissaient, mais cette fois avec beaucoup moins de dettes, des déficits budgétaires moins lourds, des devises libéralisées et plus de politiques économiques avantageuses. Ces pays avaient été mis à l’épreuve et s’en portaient mieux pour cela. Bien des économies ont traversé une période de libéralisation économique qui a augmenté leur taux de croissance potentielle. L’Inde et la Chine, les deux pays les plus peuplés, étaient au bord de la débâcle.
Les investisseurs qui ont participé à cette croissance fulgurante avaient acquis leurs positions à des cours dérisoires. Les détenteurs d’obligations ont également reconnu l’avantage de prêter à un groupe d’emprunteurs responsables.
En janvier 2003, les actions et les obligations des marchés émergents constituaient de vraies aubaines, vu la croissance mondiale qui se profilait à l’horizon. Le ratio C/B de l’indice des marchés émergents MSCI était de seulement 12,9 en septembre 2002. Les écarts de rendements obligataires de l’indice obligataire des marchés émergents JP Morgan étaient presque 10 % supérieurs à ceux des obligations du Trésor américain. Pendant les cinq années qui ont suivi, l’indice boursier s’est apprécié d’environ 450 % et les écarts de rendement des obligations des pays émergents ont chuté à presque 2 % au-dessus des obligations du Trésor américain. Des rendements à couper le souffle.